Kate

Encore un soir où Kate s’emporta dans ses mots envers Andrew. Encore un soir où elle ne maîtrisa plus son comportement depuis 4 mois déjà. Encore un soir où la fuite fut la seule réponse d’Andrew.

Kate pleura mais s’endormit.

Le lendemain, les quelques rayons qui essayaient de percer le ciel morose, réveillèrent nos deux amoureux dans un parfait silence de plomb. Kate se leva, sans même porter d’attention à l’homme qui se trouvait à ses côtés, les cheveux en bataille, défraîchis et le visage terne, puis, comme habituellement depuis plus de trois ans, elle pratiqua son rituel de chaque matin.

Elle commença par se diriger vers le couloir au papier vieillot qui lui rappelait chaque fois qu’il fallait qu’elle déménage de cet appartement qui ne lui renvoyait que des souvenirs sombres d’un passé lointain. Au bout du couloir se trouvaient les toilettes où depuis plusieurs mois, elle y passait beaucoup plus de temps. La peinture bleue délavée des murs mêlée à un commencement de couleur blanc avait été inachevée lorsque les premiers symptômes arrivèrent.  » Ce n’est rien, je la continuerai quand ça ira mieux  » pensa kate.

Une quinte de toux résonna dans ce petit corridor tant les murs faisaient écho avec le reste des pièces, pendant que Kate se rinça la bouche du goût âcre et acide qu’elle venait de renvoyer quelques minutes avant. Comme à son habitude, la jeune femme se regarda dans le miroir qui lui renvoyait le reflet d’une femme au visage fatigué et marqué par les soucis.

Comme chaque matin, Kate, se rendit à la cuisine pour se servir une tasse de café qu’elle réchauffa quelques minutes aux micro-ondes. Ce Matin-là, elle ne mangea pas, elle n’avait pas faim. Puis de toute manière, ça ne passerait sûrement pas et finirait dans le fond de la cuvette des toilettes. Seule sa dose de caféine passait. Elle attrapa un verre d’eau suivi d’une boîte bleue, marquée aux jours de la semaine. Elle ouvrit jusqu’à mercredi et pris les plusieurs petits comprimés qui s’y trouvaient puis les avalait d’une traite avec le verre d’eau servi juste avant.

Pour finir son rituel matinal, Kate, alluma la télévision, se brancha sur une émission que sa mère et sa grand-mère regardaient déjà lorsqu’elle était encore qu’une enfant insouciante face aux aléas de la vie. Elle rêvait d’épouser un jour le beau richissime Ridge Forester et de porter ses superbes créations pour ressembler à une princesse. Une fois adolescente, Kate, enviait Brook et Taylor d’avoir conquis le Coeur du riche styliste et parfois, il lui arrivait de pousser des vilains jurons devant la télé de sa mère. Aussitôt installée confortablement avec son plaid rose hivernal, Kate dialoguait ou plutôt monologuait
Avec son plasma 107 centimètres qu’avec Andrew, ils avaient acheté ensemble deux ans avant.

— Ah, mais réveille-toi bon sang ! S’énerva Kate devant son écran plat. La niaiserie de monsieur Forester la faisait sortir de ces gonds même au bout de tant d’années, face à l’aveuglement du complot de la bimbo décolorée qui ne faisait que jouer avec lui.

L’agacement et le mécontentement de la jeune femme brune arrivèrent au summum de sa nervosité quand le générique de fin retentit.

— Ah non ! Mais pourquoi vous coupez toujours quand ça devient intéressant non d’une pi… Non d’une licorne Rose !

Puis Kate, survola les programmes TV et se stoppa sur les dessins animés. Après tous  les dessins animés, c’est calme et beau et bien moins frustrant que son feuilleton qui dure depuis plus de 25 ans …

Finalement, bien calée dans le fond de son canapé, c’est Princesse Sarah qui regarda à présent Kate dormir. Les effets des petites gélules rouges et des comprimés blancs avaient eu raison de la pauvre jeune femme.

Voilà bientôt trois ans que Kate était sous traitement, au début, elle en avait des moins fort qui servaient juste en cas de douleurs et maux de tête. Mais ce n’était pas suffisant, elle continuait sans cesse de se trouver mal jusqu’à devoir même s’isoler dans le noir de tout parfois. Donc, les traitements devenaient plus forts. Ils faisaient parfois effet cependant, ils changeaient l’humeur joyeuse et pétillante de Kate en une humeur massacrante et maussade. La joie de vivre et le sourire Angélique de la belle brune laissaient place à la déprime et à un visage fermé, sans vie…

On pouvait encore voir un éclat brillant dans ses yeux émeraudes lorsqu’elle parlait de son conjoint ou quand elle le regardait avec amour.

Kate rencontra Andrew lors d’une soirée apéro dinatoire chez des amis. Au départ, rien ne les prédestinait à se fréquenter, cependant le feeling fût bel et bien au rendez-vous. Kate ne pouvait s’empêcher de jouer avec une mèche de sa longue chevelure violine, du bout de ses doigts aux ongles parfaitement manucurés. Kate aimait prendre soin d’elle. Ce rire et cette attitude femme enfant, avait charmé Andrew au premier regard.

 » Cet homme ne m’est pas inconnu  » pensa Kate.

Dans la soirée après quelques cocktails et plusieurs petits-fours faits maison,Aline, la meilleure amie de Kate, lança un karaoké. Une des grandes passions de notre brune pétillante. L’air de la chanson d’un chanteur à la voix rocailleuse, résonna dans tout le petit salon et Kate, sautilla comme un petit kangourou dans une excitation incontrôlable. Kate adorait Richard Cocciante ainsi que le son de sa voix. Elle trouvait ses paroles profondes et tellement belles. Tellement romantiques. Ce coup de soleil, elle aussi elle l’attendait sans savoir que les rayons chauds de ce soleil se trouvaient déjà sur elle.

— J’ai attrapé, un coup de soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime …

Andrew tomba amoureux dès l’instant où le son de sa voix douce et fluette retentit sur les premières phrases. Il savait que c’était elle et pas une autre. Il savait qu’il aimerait, elle, la fille joyeuse avec un soupçon d’excentricité. Elle, la fille à la jupe en jeans courte avec des collants rose flashis. Elle, la fille qui portait un pull foncé aux manches trop larges pour cacher une colombe sur un de ses poignets ou pour dissimuler certaines marques de son passé d’adolescente… Il su qu’il la voulait non pas pour une nuit mais pour la vie.

Mais ce qu’il ne savait pas, c’était si Kate le renverrait petre dans les roses ou pas. Allait-il être à la hauteur de ses attentes ? Allait-il lui plaire ? Allait-elle le repousser pour une quelconque raison qui ne tiendrait pas la route ? Alors pour répondre à toutes ses questions, il s’avança vers la pétillante frimousse de Kate et au lieu de saisir un second micro, il lui saisit la main dans laquelle se tenait l’objet qui renvoyait le son mélodieux de la jeune femme. Elle ne le repoussa pas et lui fit un sourire. Ses joues se mirent à se teinter d’une couler rosée. Leur yeux s’accrochèrent et dans une parfaite harmonie ils continuèrent.

— Mais tu sais j’ai envie, d’aller là-bas, la fenêtre en face et visiter ton paradis…

Et dans un parfait accord, leurs mains se joignirent, les yeux dans les yeux, Andrew enchaîna façon « Marvin* » accompagné d’un petit déhanché.

— J’mets tes photos dans mes chansons et des voiliers dans ma maison, j’voulais m’tirer mais j’me tire plus, j’vis à l’envers, j’aime plus ma rue.

Sa main toujours dans celle de Kate, il poursuivi.

— J’avais cent ans, j’me reconnais plus, j’aime plus les gens depuis que je t’ai vu, j’veux plus rêver, j’voudrais que tu viennes, me faire rêver, me faire … je t’aime …

La main d’Andrew serra celle de Kate sur la consonnance du mot je t’aime. Kate sourit, Kate rougit d’avantage, Kate se perdit dans les battements de son coeur, qui avait entamé une danse collé-serré avec sa raison, bien décidé à l’enivrer… Kate l’aimait déjà mais c’était bien avant cette soirée… Cet homme avait fait fondre son coeur il y a plusieurs semaines déjà, d’abord sur des photos puis, une après-midi en rentrant des boutiques avec Aline, elle le croisa furtivement mais elle sentit une alchimie qui se dégagea de son corps, des ondes positives comme aurait dit sa prof de yoga. Cependant, elle ne posa aucunes questions à son amie et en toucha pas non plus un mot… Et les semaines passèrent jusqu’à ce soir-là… Comme quoi, toujours croire au destin…

Les jours passèrent ainsi que les semaines, Kate et Andrew tombèrent amoureux officiellement. Ils étaient beaux et heureux. Ils se mirent en ménage au bout de six mois. Ils s’aimaient d’un amour passionnel et fusionnel. Ils étaient heureux et avaient plein de projets pour le futur mais la vie leur réserva un tout autre destin…

***

Cela fait un mois qu’Andrew s’était installé chez Kate. Son appartement trop petit, il avait rendu les clés à son propriétaire. Et puis, ce n’était que provisoire, le temps de trouver une maison à leur goût qu’Andrew pourrait façonner à sa convenance et que Kate pourrait décorer comme elle le voudrait. Il y aurait aussi un petit terrain où elle pourrait y faire pousser des roses noires éternelles même si ça donnerait des roses de toutes couleur sauf noires… Et surtout, la maison serait pourvue d’une grande cuisine équipée et fonctionnelle pour qu’elle puisse préparer des bon petits plats … mais ceci ne restait qu’à l’état de croquis pour l’instant.

Pour leur huit mois de vie commune et leur premier anniversaire , Andrew invita sa belle au restaurant. Kate s’était fait belle pour son amour au regard azur. Perchée sur ses talons vertigineux, elle était heureuse et amoureuse. Une légère teinte rosée brillante lui donnait une bouche pulpeuse et charnue. Un mascara sombre faisait ressortir ses deux iris ambrées. Kate savait au fond d’elle qu’Andrew n’allait plus pouvoir regarder dans une autre direction où sa dulcinée ne serait pas. Plus les mois étaient passés et plus il l’aimait d’avantage au point de la tatouer sur son coeur. Une façon à lui, de la garder dans son coeur et près de son coeur, quoi qu’il arrive. Quoi qu’il se passe. Kate était gravée à l’encre dans la peau d’Andrew.

Une heure plus tard, Andrew débaucha et rentra immédiatement chez eux. En arrivant, il trouva une pièce vide alors qu’il s’attendait à y trouver Kate. Il scruta le salon. Un canapé d’angle d’un tissu marron châtaigne, un plasma posé sur un meuble blanc laqué, une petite table basse où ils faisaient leur partie de ramy chaque fois que Kate le mettait à l’amande, leur cadre photo Pèle-mêle mais aucune brune n’apparaissait dans ce décor. Andrew la chercha dans la chambre mais personne. Quand enfin il s’avança vers la salle de bain, il entendit une légère quinte de toux qui résonna de la petite pièce à travers la porte.

— Tout va bien ma chérie ?

Kate ne voulut pas gâcher cette soirée pour laquelle elle s’était apprêtée.

— Oui, ne t’inquiète pas, j’ai voulu manger un bout de pain et ce dernier a fait une fausse route mais rien d’alarmant chéri.

— D’accord princesse, je t’attends dans la voiture.

Elle mentait, elle le savait bien mais au fond elle pensait elle aussi que ce n’était qu’une simple toux sans gravité… Un petit rhume, rien de plus. De surcroit, ce n’était pas ce vilain rhume qui s’était invité sans frapper qui allait annuler leur soirée romantique car Andrew, c’était le genre de mec romantique qui ne laissait rien au hasard…

Deux jours avant, il avait fait livrer une robe bustier chic et classe, d’un rouge rubis, pour leur un an d’amour et de complicité. Kate eut les larmes aux yeux en touchant la qualité du tissu.

— Mais tu es fou Andrew, elle est juste magnifique, trop magnifique mais c’est une folie, tu n’aurais pas dû…

— Rien n’est trop fou pour toi ma princesse, si elle te plaît alors c’est le principal. Tu seras là plus belle pour nos un an dans ce restaurant étoilé.

— Qu.. quoiii ?

Kate ne savait plus trop quoi répondre. Les larmes de joies menaçaient de franchir le barrage de ses yeux.

— Oui, ma chérie. Je t’emmène au restaurant pour fêter notre premier anniversaire.

En guise de réponse, Kate avait sauté dans les bras de son homme en lui murmurant au creux de l’oreille qu’elle aimait plus que sa vie…
Oui ! Kate aimait Andrew plus que sa propre vie mais cette dernière en avait décidé autrement, seulement la jolie brune ne le savait pas encore…

Non ! La seule et unique chose que Kate savait, c’est que ce mauvais rhume avait fait plus que s’inviter. Il avait carrément élu domicile dans le corps de Kate…

Plus les mois passèrent et plus Kate changeait. Dans un premier temps, elle changea physiquement puis moralement. Le pétillant de ce jolie minois disparaissait aux fur et à mesure que les semaines s’écoulèrent. La morosité remplaça la gaieté de Kate. La couleur de ses cheveux devenait fade et sans éclat, un peu comme son teint et ses envies…

Les années passèrent, les examens se suivirent, le mauvais rhume de Kate devint une grosse grippe qui la cloua au lit mais la douleur ne cessa pas et ses humeurs firent le grand saut vers le trou béant qui emporta l’été indien avec lui dans le néant de la maladie…

(Brut et Non corrigé )

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